Chahid Anass Marocain Soussi

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Posté: 11 Déc 2016, 22:36 



Comment en finir avec l’évasion fiscale

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Un plan de l’OCDE prétend remettre de l’ordre dans la fiscalité internationale. Une promesse en l’air ? Débat entre Pascal Saint-Amans (directeur du Centre de politique et d’administration fiscale de l’OCDE) et Friederike Röder (Friederike Röder, directrice France de ONE).

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En intégrant l’Organisation de coopération et de développement économiques, en 2007, Pascal Saint-Amans a fait sienne la devise de l’institution : « Des politiques meilleures pour une vie meilleure ». Cet énarque, ancien haut fonctionnaire au ministère des finances, a fait de la fiscalité, matière ardue et complexe s’il en est, son levier pour améliorer le monde. Son premier grand combat, il le mène contre le secret bancaire et les paradis fiscaux, avant d’enfourcher un nouveau cheval de bataille : réformer le système fiscal international pour le rendre plus juste et plus efficace. Un défi qui demande volontarisme et pragmatisme.

Friederike Röder,
Son engagement pour le développement et la lutte contre la pauvreté ont toujours été au cœur de son parcours professionnel. Diplômée de Sciences-Po Paris et de l’Université libre de Berlin, Friederike Röder commence sa carrière à l’OCDE où elle s’occupe des questions de bonne gouvernance dans les États fragiles. Elle travaille ensuite pour l’agence allemande de coopération internationale (GIZ) puis pour l’Union africaine, en poste en Afrique du Sud. En 2011, elle rejoint l’ONG ONE en tant que responsable du plaidoyer. Depuis 2013, elle dirige le bureau français de l’organisation et représente l’ONG lors des grands rendez-vous internationaux.


La Croix : L’affaire des « Panama papers » met en lumière le caractère « industriel » de l’évasion fiscale. Ces révélations vous ont-elles surpris ?

Pascal Saint-Amans : Ce nouveau scandale prouve que la fraude est très sérieuse à Panama, mais ce pays est l’un des derniers à refuser de s’ouvrir à la coopération internationale contre la fraude et l’évasion fiscale. Globalement, de nombreux efforts ont été réalisés depuis 2009, sous l’impulsion du G20 et de l’OCDE. Les dirigeants politiques ont en effet peu à peu pris conscience des conséquences dommageables de la défaillance des règles de la fiscalité internationale et de l’absence de coopération entre États. Avant, pour le dire vite, on nivelait par le bas au nom du respect de la souveraineté nationale mais aussi, de manière plus hypocrite, pour ne pas handicaper ses propres champions à l’export. Puis la crise arrive et tout le monde comprend qu’il faut désormais niveler par le haut. Ce processus s’est traduit par un affaiblissement du secret bancaire et par un plan de lutte contre l’érosion des bases fiscales et des transferts de bénéfices : Base Erosion and Profit Shifting, en anglais d’où vient l’acronyme BEPS.

> A lire  : Comment en finir avec les paradis fiscaux

Friederike Röder : Les scandales s’enchaînent et révèlent deux choses importantes. Des progrès ont été réalisés mais l’opacité demeure la norme pour faciliter l’évasion fiscale des particuliers et des entreprises. D’autre part, l’accès des médias, des citoyens et des ONG est crucial pour révéler ces pratiques et obliger les gouvernements à agir.

À combien se chiffre cette « disparition » organisée ?

F. R. : On évalue à mille milliards de dollars par an le total des flux financiers illicites qui échappent aux pays en développement. Ceux-ci sont les plus touchés par le phénomène d’évasion fiscale si l’on tient compte non des montants absolus mais des montants rapportés à la richesse nationale.

Le Fonds monétaire international (FMI) estime que l’impact de l’évasion fiscale est 30 % plus important pour les pays pauvres que pour ceux de l’OCDE, car ils ont moins de ressources et dépendent plus de l’impôt sur les grandes sociétés. Le seul scandale du SwissLeaks a révélé, pour le cas du Sénégal, une fuite de capitaux équivalente à 1 % de son PIB, soit 38 % de son budget de la santé.

P. S.-A. : Les ONG ont besoin de donner un chiffre rond qui frappe l’imagination, mais à vrai dire on ne connaît pas le montant global. On peut donner des chiffrages précis sur deux sujets.

Le premier concerne les sommes récupérées depuis le passage à l’échange automatique de renseignements entre administrations fiscales qui a conduit des contribuables à régulariser leur situation : 50 milliards d’euros d’impôts ont été collectés pour une vingtaine de pays, dont 6 milliards d’euros pour la France.

De même, nous avons évalué que l’érosion de la base fiscale représentait un manque à gagner pour les États situé entre 100 et 240 milliards d’euros par an au niveau mondial. Même dans une approche conservatrice, on est sur des montants considérables.

Pour s’attaquer à ce fléau de l’optimisation fiscale des entreprises, l’OCDE a proposé le plan BEPS validé par les chefs d’État et de gouvernement lors du sommet d’Antalya, en Turquie, en novembre. Quelles sont les principales mesures préconisées ?

P. S.-A. : L’objectif est de réaligner la localisation des profits avec la localisation des activités des multinationales qui, profitant de la globalisation poussée de l’économie, mais aussi des défauts de la fiscalité internationale, utilisent divers moyens pour « optimiser » leurs impôts, autrement dit pour en payer le moins possible. Pour atteindre cet objectif, nous avons identifié quinze mesures que l’on peut rapporter à trois grandes approches.

La première rappelle que dans un environnement mondialisé, les législations nationales ne peuvent plus être cloisonnées mais doivent être en correspondance pour être efficaces. Il s’agit, par exemple, de mieux encadrer le recours aux produits dits hybrides, ces produits financiers qui changent de qualification suivant l’endroit où ils sont déclarés. Ainsi, une action dans un pays qui ne taxe pas les dividendes peut devenir obligation dans un pays qui ne taxe pas les intérêts. Il suffisait jusque-là de deux filiales placées au bon endroit pour minorer artificiellement leur facture fiscale.

Le second pilier consiste à remanier les règles de la fiscalité qui n’étaient plus adaptées. Il fallait notamment mettre fin à l’abus des conventions fiscales trop accommodantes passées entre des États et des grandes entreprises ; redéfinir la notion d’établissement stable qui détermine à partir de quand une société devient taxable dans un pays donné ; ou encore renforcer les règles des prix de transfert dont la manipulation complique la localisation des profits.

Troisième volet : augmenter le niveau de transparence. Transparence qui invite les administrations fiscales à s’informer des montages fiscaux préférentiels accordés aux entreprises. Transparence qui oblige les entreprises à déclarer pays par pays leurs activités aux administrations fiscales.

À cela s’ajoutent deux mesures horizontales. L’une consiste à mesurer l’impact sur la base fiscale de l’économie numérique pour laquelle la création de valeurs est plus basée sur des « incorporels » que sur les biens matériels. L’autre vise à accélérer le processus de mise en œuvre de BEPS en révisant d’un seul coup toutes les conventions fiscales bilatérales existantes.

Les ONG ont été déçues par ce plan. Que lui reprochent-elles ?

F. R. : L’objectif de départ est de prélever l’impôt là où se passent l’activité et la création de valeur. Est-ce que le plan BEPS va le permettre ? C’est toute la question.

Je reconnais que ce plan a permis des avancées, ce qui n’était pas gagné d’avance tant le calendrier était serré pour une négociation techniquement et politiquement compliquée. Le problème, c’est que des États puissants ont empêché que certaines discussions fondamentales aient lieu.

Par exemple, on n’a pas remis en cause le système des prix de transfert qui permet aux entreprises de fractionner artificiellement les activités – donc les profits – entre filiales, ceci pour mieux échapper à l’impôt. Pour prévenir les abus, on aurait pu considérer que les multinationales représentent une entité unique, dont le profit se calcule de manière globale. C’est le principe de la taxation unique. Cette solution a été écartée sans être discutée.

Autre question exclue de la négociation : celle de la taxation à la source, là où se déroule réellement l’activité. C’est pourtant une question cruciale pour les pays en développement très dépendants de l’impôt sur les sociétés alors que la pratique est plutôt de taxer au lieu de résidence du siège des multinationales, ce qui favorise les pays développés.

Mais la principale critique tient à la transparence. BEPS ne l’envisage qu’entre le contribuable et l’administration fiscale alors que, pour nous ONG, la véritable transparence, c’est l’accès public aux informations. Obliger les multinationales à déclarer publiquement leurs activités pays par pays est un prérequis pour lutter contre

l’évasion fiscale. On ne pourra pas avancer sans avoir cette publicité. Ce n’est pas une lubie des ONG que de le demander. La publicité, c’est le meilleur moyen de lutter contre l’opacité.

Dernier point : quid de la mise en œuvre ? Faudra-t-il attendre cinq ans, comme il est prévu, pour constater que BEPS ne tient pas ses promesses et que certaines mesures ne vont pas assez loin ? Et comment vont faire les pays les plus pauvres – dont on peut regretter, au passage, qu’ils n’ont pas été assez associés à la négociation – pour s’y retrouver dans cette nouvelle jungle de règles ? Face à des multinationales qui emploient des bataillons de conseillers juridiques et fiscaux, le rapport de force reste complètement biaisé.

Ces critiques sont-elles recevables ?

P. S.-A. : Quand on représente une ONG, il est normal de plaider pour un monde idéal. Nous, nous avons eu à négocier avec des États souverains et à gérer les contraintes qui vont avec. Pour changer les choses, il fallait trouver un accord. Est-ce que cet accord est vide de contenu ? J’ai tendance à penser le contraire.

Prenons le sujet de la transparence. Je comprends l’intérêt qu’il peut y avoir à rendre public certaines informations concernant les multinationales. Mais que faire lorsque des pays clés n’en veulent pas ? Fallait-il s’entêter au risque de tout faire capoter et de priver du même coup les administrations fiscales d’informations précieuses ? L’accord obtenu n’est sans doute pas parfait mais il va dans la bonne direction.

S’agissant de la mise en œuvre, 96 pays sont d’ores et déjà partie prenante de BEPS et vont négocier la convention multilatérale. La dynamique est extrêmement positive. Pour s’assurer qu’elle se poursuit, nous allons mettre en place un système de suivi pour vérifier que les États appliquent bien les mesures et pour en évaluer régulièrement l’impact. Tout ceci sera fait avec tous les pays en développement qui le voudront et qui seront associés sur un pied d’égalité.

En présentant votre plan, Pascal Saint-Amans, vous avez eu cette formule : « On vient de siffler la fin de la récréation. » BEPS signe-t-il vraiment la fin de l’évasion fiscale ?

P. S.-A. : La fin de la récré, c’est la fin de l’évasion fiscale tolérée, sans contrainte, où tout ou presque est permis. Avec BEPS, on passe d’un monde où le zéro taxation était la règle à un monde où l’optimisation fiscale devient, sinon impossible, en tout cas beaucoup plus compliquée. C’est l’objectif poursuivi. Pour autant, nous n’avons jamais prétendu que BEPS était l’alpha et l’oméga de la réforme fiscale. Des questions restent ouvertes, notamment en ce qui concerne la lutte contre l’opacité. Tous les pays, y compris Panama, doivent appliquer nos standards, avec une nouvelle « frontière » : l’application effective de l’identification des bénéficiaires réels des sociétés écrans.

F. R. : En 2009 déjà, on nous promettait la fin des paradis fiscaux. Mais le public n’est plus aussi naïf pour croire en de tels propos. BEPS n’est qu’un point d’étape – et les « Panama papers » ont montré ses limites puisqu’il ne s’attaque pas directement aux problèmes des sociétés écrans. Il faut donc espérer que le G20 et l’OCDE ne se reposent pas sur leurs lauriers et que la dynamique impulsée soit reprise et amplifiée pour déboucher sur un BEPS 2 plus radical dans ses réponses et qui inclut tous les pays, notamment les plus pauvres.

Recueilli par Antoine d’Abbundo (11/04/2016)

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Posté: 11 Déc 2016, 22:44 


Quelle solution pour lutter contre l’évasion fiscale ?

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Le soufflé des scandales de l'évasion fiscale est un peu retombé ces dernières semaines. D'autres actualités plus brûlantes ont pris le dessus. Elles ont pourtant un point commun : celui de leur coût pour la France.

Le soufflé des scandales de l'évasion fiscale est un peu retombé ces dernières semaines. D'autres actualités plus brûlantes ont pris le dessus : grèves à répétition, début de l’Euro de football, inondations... Elles ont pourtant un point commun, hormis de faire la une des journaux : celui de leur coût pour la France.

Panama Papers, Swiss Leaks, Double Irish… Autant de noms qui rappellent que l'ingéniosité humaine ne connaît pas de limite quand il est question de procéder à de l'évasion fiscale. Les sommes en jeu sont vertigineuses. Il est question de 60 à 80 milliards d'euros de pertes de recettes fiscales.



La France veut accroître la transparence des banques pour lutter contre l'évasion fiscale

Bercy fait de nouvelles propositions pour rendre plus efficace la directive européenne antiblanchiment.
BANQUE : Alors que Bruxelles proposera le 7 juin un nouveau paquet législatif pour réviser la quatrième directive européenne antiblanchiment, le gouvernement français veut en profiter pour accroître la transparence et l'échange d'informations. Selon nos informations, il propose de « décloisonner " l'information au sein d'un même groupe bancaire et entre superviseurs nationaux. Quant aux sociétés offshore, la France réclame que tous les pays de l'UE « se dotent de registres uniformisés des bénéficiaires effectifs de tous les types de structures ou montages financiers ".

Contrairement à la fraude fiscale, qui est illégale, l’évasion fiscale s’inscrit généralement dans les limites fixées par la loi. De nombreuses formes d’évasion fiscale sont toutefois contraires à l’esprit de la loi, s’appuyant sur une interprétation très extensive de ce qui est « légal » pour réduire au minimum la contribution fiscale globale d’une entreprise. Recourant à des techniques de planification fiscale agressive, certaines sociétés exploitent les failles juridiques des systèmes fiscaux et les asymétries qui existent entre les règles nationales pour éluder le paiement de leur juste part de l’impôt.

La lutte contre la fraude fiscale est un enjeu majeur de souveraineté et de redressement des comptes publics, et une condition essentielle pour faire respecter le principe d’égalité devant l’impôt. En effet, la fraude fiscale porte atteinte, d’une part à la solidarité nationale en faisant reposer l’impôt sur les seuls contribuables qui respectent leurs obligations fiscales et, d’autre part, aux conditions d’une concurrence loyale entre les entreprises. Découvrez sur cette page l’essentiel de l’action du ministère des Finances et des Comptes publics en matière de la lutte contre la fraude fiscale.


Qu'est-ce que l'optimisation fiscale agressive ?
L’optimisation fiscale vise à réduire l'imposition et s'appuie de manière naturelle sur des mécanismes d'évasion fiscale, c'est-à-dire une organisation qui n'est pas illégale mais utilise les marges. L’optimisation fiscale agressive, elle, consiste à tirer parti des subtilités d’un système fiscal ou des incohérences entre plusieurs systèmes fiscaux afin de réduire l’impôt à payer.


Paquet sur la lutte contre l'évasion fiscale
http://ec.europa.eu/taxation_customs/bu ... package_fr

http://proxy-pubminefi.diffusion.financ ... /20571.pdf
Intervention de Michel Sapin, lors de la présentation des résultats de la lutte contre la fraude fiscale pour l’année 2015 - 03/03/2016 [150 Ko]

http://proxy-pubminefi.diffusion.financ ... /20572.pdf
Intervention de Christian Eckert, lors de la présentation des résultats de la lutte contre la fraude fiscale pour l’année 2015 - 03/03/2016 [264 Ko]

http://proxy-pubminefi.diffusion.financ ... /20223.pdf
Intervention de Michel Sapin à la première réunion des directeurs des finances publiques et des procureurs et procureurs généraux de la République - 15/12/2015 [40 Ko]

http://proxy-pubminefi.diffusion.financ ... /20808.pdf
En 2015, une nouvelle progression d'activité pour Tracfin en matière de lutte contre le blanchiment, la fraude aux finances publiques et le financement du terrorisme - 18/04/2016 [270 Ko ]

http://proxy-pubminefi.diffusion.financ ... /18220.pdf
Le Forum mondial sur la transparence fiscale marque une étape décisive et irréversible dans la lutte contre la fraude fiscale - 29/10/2014 [140 Ko]

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Posté: 11 Déc 2016, 22:48 

Des avancées dans la lutte contre l’évasion fiscale internationale

Par Jacques Fabre, administrateur de Transparency International France
Le 5 octobre 2015, l’OCDE a présenté un vaste plan international de lutte contre l’évasion fiscale.
Le problème

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Il y a deux ans le G20 confiait à l’OCDE la tâche de mener un projet destiné à lutter contre l’érosion de la base fiscale et le transfert de bénéfices (BEPS en anglais). Ce sujet était devenu incontournable du fait des décalages et des discordances existantes dans les règles fiscales internationales qui ont permis, au cours des dernières décennies, l’épanouissement de manoeuvres provocant la disparition chaque année de milliards de dollars (de 100 à 240 selon l’OCDE) de taxes payables par les entreprises internationales, au détriment des états.

Ce projet, d’une redoutable complexité, a été mené à bien par les équipes de l’OCDE. Ont été impliqués ses membres, ceux du G20 et de quelques pays en développement soit plus de 50 pays. Les autres pays, bien que concernés, ont été peu impliqués. Les résultats (15 chapitres) ont été présentés dans les délais impartis le 5 octobre.

Les problèmes à surmonter pour une telle tâche étaient de deux ordres :

S’agissant d’obtenir un consensus des états il ne pouvait se faire qu’avec l’accord de participants ayant parfois des intérêts divergents

Dans le court temps imparti, deux ans, on ne pouvait partir que des règles fiscales actuelles, dont les principes datent de près d’un siècle, et qui sont fondés sur l’hypothèse que chaque société, même membre d’un groupe, constitue une entité indépendante. Or c’est bien là le cœur du problème puisque les décisions d’optimisation sont en fait prises au niveau des groupes.
Les propositions

Parmi les nombreux sujets abordés on peut citer les prix de transfert, les régimes préférentiels applicables à la propriété intellectuelle, la déductibilité des intérêts, la taxation des sociétés étrangères contrôlées ainsi que d’autres sujets tels que la notion d’établissement permanent, les conventions fiscales internationales et le traitement de l’économie numérique.

Ces rapports, très techniques, comportent des centaines de pages. Des progrès ont été enregistrés mais dans de nombreux cas les avancées ont été limitées, ou remises à plus tard, par des états préoccupés de la préservation de leur base fiscale ou de l’attractivité de leur territoire.

A noter également que les règles édictées restent d’une grande complexité ce qui est une source de conflits futurs entre les entreprises et les états, ou entre états, ce qui pose la question des ressources des administrations fiscales.

Il faut souligner que des progrès certains ont été obtenus en matière de transparence avec l’adoption d’un modèle de « déclaration pays par pays », qui s’imposera aux grandes sociétés, ainsi que le principe de divulgation des rescrits fiscaux (les fameux tax rulings).

Malheureusement la diffusion de ces informations est restreinte aux administrations fiscales. L’exigence de publicité formulée par la société civile n’a pas été suivie alors même que cela permettrait d’assurer une pression sur les acteurs.
Ce rapport sera soumis pour approbation au prochain G20. Son impact effectif est difficile à mesurer mais le paysage général a changé, le sujet est clairement sur la table !

Il appartient maintenant à tous les acteurs, et en particulier aux membres de la société civile, de suivre la mise en œuvre effective, pays par pays, des mesures adoptées et de pousser à la continuation des travaux pour améliorer et élargir ces premières avancées. C’est là un sujet majeur pour nos sociétés qui sont, et vont être de plus en plus, matricielles : c’est-à-dire constituées d’états, verticaux, qui taxent les sociétés opérant sur leur territoire et d’entreprises transnationales, horizontales, qui cherchent naturellement à minimiser leurs charges fiscales.

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Posté: 11 Déc 2016, 22:54 


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Des participants au G20 de Saint-Pétersbourg en Russie lors de la photo de famille

Les dirigeants réunis en Russie devraient adopter un plan d'action pour lutter contre la délocalisation des bénéfices par les multinationales.

« Les paradis fiscaux, c’est terminé. » Prononcée en 2009 dans la foulée du G20 de Londres, cette phrase avait valu nombre de quolibets à Nicolas Sarkozy : malgré les avancées, le problème était manifestement loin d’être résolu. Quatre ans plus tard, les dirigeants réunis au G20 de Moscou ont renoué avec les déclarations enthousiastes. Leur hôte, Vladimir Poutine, a ainsi salué le «pas le plus important en cent ans vers une plus grande coopération fiscale de nos pays». La déclaration finale des participants contient en effet de nouveaux engagements dans la lutte contre l’évasion fiscale, notamment celle des multinationales.


Quel est le problème ?

Lorsqu’une entreprise est implantée dans plusieurs pays, elle court le risque d’être imposée plusieurs fois sur le même bénéfice. A partir des années 1920, pour éviter cette situation, les nations ont commencé à conclure des conventions bilatérales posant les règles du jeu fiscal entre elles. Près d’un siècle plus tard cependant, ce système montre ses limites, mité par la complexification des circuits financiers, la mobilité des multinationales et le talent des experts en «optimisation fiscale». Jamais les grandes entreprises n’ont été plus habiles à exploiter les interstices entre les règles fiscales des différents pays.

Résultat, plutôt que d’éviter une double-imposition, ces conventions débouchent parfois sur une «double non-imposition», ou sur une imposition très faible. D’autres dispositifs permettent de délocaliser les bénéfices réalisés dans un pays vers un autre à la fiscalité plus avantageuse. Des entreprises mondiales telles que Google, Facebook ou Starbucks utilisent sans vergogne de tels procédés, qui plombent les revenus fiscaux de nombreuses nations... en toute légalité. C’est donc un grand ravalement du système que préconisent les adversaires de l'évasion fiscale.


Qu'a décidé le G20 ?

Les 20 grands endossent dans leurs conclusions le plan d’action présenté cet été par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Les deux priorités de ce document sont la «relocalisation» des bénéfices - c’est-à-dire leur imposition à l’endroit où ils ont effectivement été réalisés- et une transparence accrue, par l’échange d’informations entre Etats, et de nouvelles obligations de la part des multinationales.

L’OCDE souhaite ainsi que les Etats puissent «taxer les bénéfices dissimulés dans des filiales à l’étranger». Les entreprises elles-mêmes auraient obligation «à faire connaître leurs dispositifs de planification fiscale agressive» . Un attention particulière est apportée aux multinationales du numérique, comme Amazon ou Google : le caractère immatériel de leur activité «donne accès à un monde sans frontières de produits et de services qui, trop souvant n’entrent dans le système fiscal d’aucun Etat en particulier».

Selon le plan de l’OCDE, l’ensemble des mesures devrait être entré en application d’ici à la fin 2015. Faisant sien ces objectifs, le G20 s'engage ausi à faire «de l'échange automatique d'information le nouveau standard mondial», et appelle tous les autres pays à faire de même «le plus tôt possible».

De son côté, l'ONG Oxfam juge que le sommet «permet un pas de plus contre l’évasion fiscale des entreprises au niveau mondial». Elle déplore cependant le manque de garantie sur l'implication des pays les plus pauvres dans ce le nouveau système : «Les prix de transfert des multinationales [technique permettant de transférer les bénéfices d'un pays vers un autre, ndlr] font perdre aux pays africains près de 2% de leur produit intérieur brut (PIB). Cette perte fiscale représente plus de la moitié des budgets publics consacrés par les gouvernements à la santé en Afrique subsaharienne.»


Quels progrès depuis 2009 ?

Pas assez rapides ni décisives au goût de certains, les avancées sont cependant réelles. Aiguillonnés par leurs difficultés budgétaires, les Etats ont accentué la chasse aux milliards envolés. S’il était bien facile de sortir des listes «noires» et «grises» des paradis fiscaux dressées en 2009, d’autres mesures plus contraignantes ont été adoptées depuis. Les Etats-Unis devraient bientôt conclure avec la Suisse un accord imposant aux établissements helvètes de transmettre au fisc des informations sur les avoirs de leurs clients américains. En Europe, la généralisation des échanges automatique d’informations devrait bientôt se concrétiser. L'Angleterre elle-même a pressé ses territoires d'outre-mer de se plier aux standards internationaux.

En France, l’Assemblée examinera sous peu un projet de loi durcissant les sanctions contre les évadés fiscaux et élargissant les compétences des enquêteurs. Selon Bercy, plus de 1000 contribuables en faute se seraient spontanément déclarés durant l’été, afin de régulariser leur situation avant l’entrée en vigueur des nouvelles règles. Selon un rapport sénatorial, le coût de l'évasion fiscale pour la France se situerait entre 30 et 36 milliards d'euros – à comparer avec les quelque 7,5 milliards recherché par le gouvernement pour la dernière réforme des retraites.

A l'échelle du monde, ce montant serait de 5 500 milliards d’euros selon le FMI, et jusqu’à 26 000 milliards selon le réseau d’ONG Tax Justice Network. Des sommes monumentales qui donnent la mesure de l'effort restant à fournir.


(Dominique Albertini)

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